"Sacrifier sa vie pour son travail, c'est confondre la fin et les moyens"

Publié le par Dos Santos Thierry

"Sacrifier sa vie pour son travail, c'est confondre la fin et les moyens"

L'engagement au travail est une valeur clef des entreprises d'aujourd'hui. Mais gare à ceux qui donnent sans compter, car ils mettent en danger leur équilibre et leur santé. Les conseils du coach Philippe Laurent.

"Il y a des collaborateurs, des managers et des dirigeants très engagés qui sentent que leur engagement va trop loin, car il met en péril autre chose: leur santé, leur équilibre personnel, conjugal ou familial, leur travail même", prévient Philippe Laurent.

L'engagement au travail est une des valeurs clefs de l'entreprise actuelle, synonyme de don de soi, d'implication, d'esprit d'initiative, de responsabilisation, de dévouement, d'effort et de dépassement. A l'opposé de celui qui fait tout pour en donner le moins possible, ne fait que remplir sa tâche sans chercher à améliorer son travail ni à remettre en question son mode de fonctionnement, la personne engagée dans son travail défend par monts et par vaux les valeurs et les intérêts de son entreprise. Elle essaie de trouver des solutions innovantes aux difficultés, ne compte pas ses heures, est corvéable à merci, disponible nuit et jour pour répondre aux demandes qui inondent sa messagerie.

Mais jusqu'où peut aller cet engagement? Dois-je me sacrifier pour mon entreprise? Jusqu'où puis-je me donner dans mon travail? Y a-t-il une limite à ne pas franchir? Il y a des collaborateurs, des managers et des dirigeants très engagés qui sentent que leur engagement va trop loin, car il met en péril autre chose: leur santé, leur équilibre personnel, conjugal ou familial, leur travail même. Le récent témoignage d'une lectrice actuellement dans ce cas me pousse à réfléchir à ces questions. Sans prétendre donner une solution universelle qui n'existe pas, voici quelques pistes pour tenter d'y voir plus clair.

Celui qui se sacrifie pour son travail se met en danger

La personne qui se donne sans compter dans son travail peut le faire pour plusieurs raisons: la peur de ne pas faire comme les autres; le besoin de prouver à son responsable ou aux autres qu'elle est capable et qu'elle mérite sa position, voire une position supérieure; l'envie d'attirer l'attention et la reconnaissance sur son travail; la nécessité de subvenir économiquement aux besoins de sa famille; la croyance qu'elle est indispensable à la bonne marche des affaires; l'illusion qu'elle est seule à pouvoir bien faire ce qu'elle fait; la fuite d'une vie personnelle peu nourrissante; l'envie de réaliser un travail parfait ou une passion dévorante et irrésistible; parfois juste l'amour des lamentations, etc.

En se sacrifiant pour une simple personne morale, une tâche ou une fonction, l'homme au travail court un grave danger. Il guette spécialement les consciencieux, qui ont développé le sens de l'effort, et n'épargne aucune profession, pas même les plus spirituelles. Il est un danger pour soi, les autres et le travail lui-même. Se sacrifier pour son travail, c'est laisser entamer son capital vital, faire brûler ses réserves d'énergie, se tendre, se raidir, s'endurcir, perdre progressivement la joie de vivre pour endosser la tristesse de la victime qui subit sa vie sans plus la conduire.

L'entourage pâtit d'une susceptibilité exacerbée, de colères accrues et d'une mine défaite. A force de vouloir trop faire et trop bien faire, la personne qui se laisse manger par ses activités fait moins et moins bien, car elle perd en vitalité, lucidité, conscience et intelligence. Ce sont là autant de signes d'alerte, auxquels elle doit prêter attention pour éviter de périr sur le bûcher intérieur du "burn-out".

Que faire pour se protéger?

Il n'est ni sain ni prudent d'offrir sa vie pour une cause inférieure comme des résultats, un travail parfait, une promotion ou un statut social. Le vrai sacrifice de soi est porté par l'amour et non par l'intérêt. Il n'est pas voulu pour lui-même mais subi car, à l'exception du masochiste, nul ne choisit de se sacrifier par plaisir ou pour plaire à ses semblables. La valeur d'un sacrifice dépend de la hauteur de sa cause, de son enjeu et de sa gratuité: la vie d'une personne en péril, d'une patrie menacée. Sacrifier sa vie pour son travail, c'est manquer de prudence car c'est confondre la fin et les moyens: le travail n'est plus relatif à l'homme, mais l'homme à son travail. En négligeant la finalité de son existence, l'homme finit par faire de son travail le but de sa vie.

Alors que faire si l'on sent que "la fumée monte"? D'abord, être attentif aux signaux d'alerte évoqués plus haut. Prendre le repos indispensable à notre corps, à notre mental, à notre esprit ... et aux autres. Si l'on pense ne pas avoir besoin de repos, les autres savent bien que l'on se trompe. Prendre conscience des enjeux et des risques encourus. Repenser à ce qui finalise notre existence et à ce qui importe le plus dans notre vie, pour remettre de l'ordre entre cette fin et les moyens. Oser penser que se sacrifier pour son entreprise, c'est sacrifier son entreprise. Pour mieux faire corps avec son entreprise et mieux la défendre, la personne engagée doit avant tout prendre soin de son propre corps et de sa santé, car nul ne peut bien manager son travail sans bien se ménager lui-même.

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