«Au travail, l'intelligence émotionnelle compte plus que le QI»

Publié le par Dos Santos Thierry

INTERVIEW L'économiste Emmanuel Petit démontre l'importance des émotions dans nos vies professionnelles et dans nos décisions économiques...

Illustration d'un salarié buvant une tasse de café avant un réunion.

 

Propos recueillis par Céline Boff

    • Créé le 12.02.2015 à 13:35
    • Mis à jour le 12.02.2015 à 14:27
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Quel rôle jouent les émotions dans nos choix économiques? Emmanuel Petit, professeur à l’université de Bordeaux, s’est penché sur cette question dans l’ouvrage Economie des émotions, qui paraît ce jeudi aux éditions La Découverte. Rencontre.

C’est quoi, l’économie des émotions?

Si les philosophes, les sociologues ou encore les psychologues travaillent depuis longtemps sur les émotions, les économistes s’intéressent aux affects seulement depuis les années 1990. Longtemps, ils ont bâti leurs théories en pensant que les individus utilisaient uniquement leur raison quand il s’agissait de faire des choix économiques… Ce n’est évidemment pas le cas! Mon ouvrage porte sur la manière dont les économistes peuvent intégrer les affects dans leurs analyses.

Dans quels cas les émotions poussent-elles les individus à prendre de mauvaises décisions économiques?

Ils sont nombreux! Les individus ont tendance, par exemple, à sous-estimer les risques associés aux activités qu’ils aiment bien. Sur les marchés financiers, la peur du regret peut aussi conduire un actionnaire à conserver des actions qui perdent de la valeur, par crainte de les voir remonter s’il les vend. A l’inverse, le sentiment de fierté lié au fait de gagner de l’argent pousse les actionnaires à se débarrasser trop rapidement d’actifs qui font des gains.

Quelle émotion influence le plus nos choix économiques?

C’est difficile à dire… mais l’envie est sans doute une émotion très influente. Par exemple, pour un individu, le plus important n’est pas de voir son revenu croître, mais de le voir progresser par rapport à celui des personnes qui sont dans la même catégorie de revenus… L’envie est donc une émotion qui engendre de la compétition et qui nuit au bien-être collectif. Les émotions dites «négatives» n’ont toutefois pas toujours de mauvais effets. Une étude a montré que les individus placés dans l’émotion de la colère refusent plus souvent des offres inéquitables que les personnes placées dans la joie. Les premiers se montrent également plus équitables lorsque c’est à leur tour de faire une offre. La colère est donc une émotion qui peut être utilisée pour favoriser une société plus juste, même si cet affect est évidemment à manier avec précaution.

Vous parlez du rôle des émotions dans le monde professionnel…

Des sociologues ont démontré qu’une partie du travail effectué est de nature émotionnelle. Par exemple, on attend d’un commercial qu’il montre de l’enthousiasme pour les produits qu’il vend, d’un patron qu’il sache galvaniser ses salariés ou d’un croque-mort qu’il exprime de la compassion pour les proches du défunt. Et finalement, les économistes s’aperçoivent qu’au travail, la performance d’un individu est bien plus liée à son intelligence émotionnelle qu’à son quotient intellectuel.

Comment les politiques peuvent-il utiliser les émotions pour mieux gouverner?

Quand une politique économique est mise en place, elle est souvent assortie de mécanismes financiers incitatifs –sanction ou récompense. Mais si l’on comprend que les émotions modifient les comportements individuels, de nouveaux outils peuvent être imaginés. Notamment dans le domaine environnemental. Une expérience a été menée aux Etats-Unis: des foyers ont reçu leur consommation d’électricité et celles de leurs voisins. Ceux qui consommaient plus que la moyenne ont immédiatement réduit la voilure. Mais ceux qui consommaient moins l’ont augmenté… Dans une seconde expérience, les ménages qui consommaient peu ont reçu en plus un «smiley» pour les féliciter. Ainsi valorisés, ils n’ont pas augmenté leur consommation...

Publié dans info gle

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