Retraite des cadres : « La fusion des régimes complémentaires n’est pas une solution »

Publié le par Dos Santos Thierry

 

 

Retraite des cadres : « La fusion des régimes complémentaires n’est pas une solution »

 

Par Thibault Fingonnet

- mercredi 4 mars 2015 17:00

 

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INTERVIEW – Alors que les négociations ont démarré entre les syndicats et le patronat pour équilibrer les finances des régimes de retraite complémentaire Agirc et Arrco, Serge Lavagna, secrétaire national de la CFE-CGC en charge de la protection sociale, plaide pour un effort partagé entre actifs, retraités et entreprises.


 

Toutsurmesfinances.com : Pourquoi la retraite complémentaire des cadres, l'Agirc, est-elle autant en difficulté ?

Serge Lavagna, secrétaire national de la CFE-CGC en charge de la protection sociale : Les deux régimes Agirc et Arrco sont déficitaires. Simplement, les réserves de l'Arrco [la retraite complémentaire de tous les salariés, Ndlr] sont bien supérieures. Elles ne devraient être épuisées qu'en 2027, contre 2018 pour l'Agirc. Mais les deux régimes sont confrontés à la même problématique : le déséquilibre démographique.

Il n'y aura pas de faillite, comme on l'entend parfois. Toutefois, si rien n'est fait, on sera obligé de baisser les pensions. Nous nous trouvons dans la situation où on distribue plus de pensions qu'on ne reçoit de cotisations. Pour y faire face, et comme les régimes complémentaires n'ont pas le droit d'emprunter, on prend dans les réserves constituées. Lorsqu'elles seront épuisées, soit on aura pris les décisions nécessaires à l'issue des négociations en cours, soit on alignera le montant des pensions sur les cotisations qu'on reçoit. Ce qui signifie que les pensions servies par l'Agirc baisseraient, de l'ordre de 10%.

La baisse des pensions complémentaires des cadres est-elle une option que vous envisagez ?

Sûrement pas ! L'objectif des négociations, c'est justement d'éviter d'en arriver là.

Quelles sont alors vos propositions ?

A partir du moment où nous avons des garanties sur le statut des cadres, nous sommes prêts à envisager l'ensemble des curseurs. C'est-à-dire des mesures qui touchent les retraités, comme la désindexation des pensions sur l'inflation [déjà en place depuis l'accord du 13 mars 2013, Ndlr], ainsi que les salariés et les entreprises, en jouant sur les cotisations par exemple. Si nous avons les garanties, nous sommes d'accord pour que tout le monde mette au pot de manière équitable.

Il faut aussi comprendre que nous n'allons pas régler le déficit en une seule fois. Dans un premier temps, l'objectif est de reculer l'épuisement des réserves.

La CFDT évoque une fusion des régimes Agirc et Arrco, qu'en pensez-vous ?

La fusion ne règle pas le problème en soi : les deux régimes sont déficitaires, ce n'est pas en cumulant les déficits qu'on va arriver à l'équilibre. En fusionnant les régimes, on fusionne les réserves financières et on repousse le problème mais ce n'est pas la solution.

De plus, nous sommes attachés à la notion d'encadrement et aux dispositions spécifiques aux cadres qui existent dans les conventions collectives. L'Agirc est un élément important de ce dispositif. Dans le cas de l'Apec (Association pour l'emploi des cadres) par exemple, son financement se fait par le biais de l'Agirc : à partir du moment où vous êtes affilié à l'Agirc, vous êtes cadre et donc rattaché à l'Apec. S'il n'y a plus moyen d'identifier les cadres par l'Agirc, que devient l'Apec ? Ce n'est pas une question idéologique mais si on supprime ce moyen d'identification des cadres, qu'est-ce qu'on met à la place et que deviennent ces dispositifs ? Donc, je dirais que nous pouvons envisager la fusion, à condition de mener en parallèle des négociations pour revoir le statut cadre et se passer de l'identification par l'Agirc.

Qu'en est-il de la proposition du Medef d'instaurer un abattement sur les pensions complémentaires entre 62 et 67 ans ?

Sur le principe, il s'agit d'une déconnexion entre la retraite complémentaire et la pension de base qui me semble difficile à mettre en œuvre et à expliquer au grand public. Pour les salariés qui partent à la retraite, le régime général, l'Agirc, l'Arrco... c'est un langage un peu technocratique. La personne va dire : « Si j'ai le droit de partir à tel âge, pourquoi une autre caisse ne me donnerait pas le droit ? ». Cela risque d'être incompréhensible.

Pour le Medef, l'argument de vente, c'est de laisser le choix aux gens de gagner un peu plus en restant un peu plus longtemps. Mais ce n'est vrai que pour une personne sur deux, puisqu'on sait qu'actuellement la moitié des salariés qui liquident leurs droits ne sont plus en activité (chômage, invalidité). Ceux-ci n'auront pas le choix et devront continuer pour espérer toucher une pension complémentaire à taux plein.

Les retraités cadres reçoivent plus de l’Arrco

60% de la pension globale d’un cadre dépend de sa retraite complémentaire. Mais pour autant, cela ne signifie pas que l’Agirc verse 60% des retraites des cadres. « La majorité des cadres (60%) reçoivent plus de l’Arrco que de l’Agirc, indique à ce titre Serge Lavagna. Sur les retraites liquidées en 2013, 69% des anciens cadres perçoivent davantage de l’Arrco. »

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